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Le syndrome de dilatation-torsion de l'estomac (SDTE)

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Le syndrome de dilatation-torsion de l'estomac (SDTE)

Le syndrome de dilatation-torsion de l'estomac (SDTE) est une pathologie extrêmement douloureuse, à évolution rapide, qui peut tuer un chien en quelques heures. Le SDTE concerne essentiellement les chiens de grande race ou de race géante, même si des cas de SDTE ont pu être observés sur des chiens de petite race ou de race miniature.Il s'agit d'une affection aiguë ou suraiguë, qui représente une urgence absolue, tant médicale que chirurgicale. Le taux de mortalité chez les chiens pris en charge s'élève de 20 à 45%!

Il est important que tout propriétaire de Dogue Allemand connaisse et sache reconnaître cette pathologie. C'est la raison pour laquelle j'ai commencé cette page avec la partie pratique, pour ne venir qu'ensuite aux explications théoriques.


I. PARTIE PRATIQUE propriétaire

1. Quels sont les symptômes d'une dilatation-torsion de l'estomac

Un chien souffrant d'un SDTE présente des symptômes typiques énumérés dans la liste ci-dessous, mais pas forcément tous. L'évolution de cette pathologie étant rapide, il ne vous restera que peu de temps pour réagir dès l'apparition des premiers symptômes: quelques minutes à quelques heures au maximum avant que les lésions ne soient irréversibles. La dilatation-torsion de l'estomac présente une urgence médicale et chirurgicale! Si vous avez un doute, mieux vaut consulter trop tôt - ce qui en fait n'est pas possible lors de SDTE, que trop tard, mieux vaut se déplacer et déranger son vétérinaire pour rien, que de courir le risque d'avoir trop attendu.

Les symptômes que vous pourrez observer et qui devront vous alerter, sont les suivants, en gras les plus fréquents et pathognomoniques:

  • le chien change de comportement, il peut être agité ou au contraire prostré, en tous cas le propriétaire attentif remarquera que le chien n'est pas comme d'habitude
  • le chien semble anxieux et n'arrive pas à se poser ou à se détendre
  • le chien salive plus ou moins abondamment; des gouttes de salive lui tombent régulièrement de la bouche, ou de gros filets de bave se forment. La gueule du chien peut carrément devenir blanche de mousse
  • le chien fait des efforts infructueux pour vomir
  • l'abdomen se distend par la météorisation de l'estomac; en tapotant sur l'abdomen, on entend un bruit sourd comme un tambour ou un ballon de basket qui rebondit
  • position voûtée: "le dos rond, la tête qui pend"
  • le chien halète, parfois très vite
  • le chien peut vouloir se cacher, déambuler sans cesse, gratter le sol, essayer de déféquer sans y arriver. Il peut pleurer, se retourner vers son ventre
  • la couleur des muqueuses buccales est rouge foncé en début du syndrome, pour devenir blanche, puis violacée par la suite
  • la respiration devient difficile
  • la fréquence cardiaque augmente
  • le chien devient faible et a du mal à se tenir sur ses pattes. Si le temps passe, il finira par s'effondrer et par perdre connaissance
 
 

2. Que faire si vous observez l'un ou plusieurs de ces symptômes?index

Nous avons déjà vu qu'il faut agir vite, mais prenez les quelques secondes que cela vous coûtera pour appeler votre vétérinaire! Annoncez votre arrivée, décrivez lui brièvement les symptômes, dites-lui que vous suspectez une dilatation-torsion de l'estomac, et si votre chien est un dogue allemand ou autre chien de grande taille, précisez-le! Ensuite mettez-vous en route pour la clinique immédiatement. Il est primordial de prévenir votre vétérinaire avant de débarquer à sa clinique en catastrophe, d'une part pour être sûr d'y trouver quelqu'un et d'autre part afin que le vétérinaire puisse avant votre arrivée organiser son équipe et préparer la prise en charge de votre chien. Une bonne organisation permet de gagner un temps précieux.

3. Que peut faire le propriétaire en attendant d'être arrivé chez le vétérinaire? index

malheureusement pas grand-chose à part ne pas perdre de temps, mais... 2 "petites roues de secours":

  • faites avaler un tube de Gastrogel® ou 2 cuillères à soupe de Polysilane® - médicament équivalent humain, afin de limiter la formation de gaz et de favoriser la liquéfaction des gaz existants. Il ne faut pas s'attendre à des miracles, mais en phase débutante de dilatation, ce médicament à base de diméthicone peut ralentir la production de gaz et faire gagner un peu de temps. Informez votre vétérinaire de l'administration de ce médicament. Il est néanmoins possible que votre chien ne soit déjà plus en mesure de déglutir
  • si votre chien présente un SDTE déjà avancé, qu'il est fortement ballonné, que son état général est déjà très dégradé (il a du mal à respirer, il ne tient plus debout, voire même il perd conscience): ponctionnez l'estomac à travers la peau. Le terme technique pour ce geste est la gastrocentèse. Je vais vous expliquer comment faire, mais je vous conseille vivement de demander à votre vétérinaire de vous montrer le geste - comment et où ponctionner, lorsque vous vous procurerez une aiguille chez lui!
    Pour réaliser une gastrocentèse il faut avoir une aiguille à injection à usage unique, de préférence de gros diamètre, une aiguille "rose" 18G. La ponction se fait en arrière de la dernière côte, le plus souvent sur le côté droit. Vous ponctionnerez à l'endroit où le tympanisme est le plus important (tapotement de la paroi donne le son "creux" rempli d'air). Tapotez bien tout autour pour déterminer cette zone de tympanisme, afin de ne pas ponctionner la rate. C'est rare de tomber sur la rate, mais le risque existe.
    En clinique nous préparerions la zone de ponction de façon chirurgicale, c'est à dire tonte et désinfection, mais chez vous, vous vous contenterez de verser une bonne quantité de désinfection sur le poil (p. ex. alcool, bétadine ou chlorhexidine) et de frotter dans le sens du poil pour enlever l'excès et les saletés éventuelles. Même si vous n'avez pas de désinfectant sous la main, tant pis. Il faut être conscient que vous faites un geste pour sauver une situation des plus critiques: mieux vaut ensuite avoir une infection à gérer, que de ne plus en avoir l'occasion parce-que le chien est mort, d'autant plus que les foyers de péritonite localisée sont rares après gastrocentèse.
    Vous planterez l'aiguille d'un coup sec et sans hésitation de façon perpendiculaire à la surface du corps, et de façon à l'enfoncer jusqu'au cône. Vous entendrez en général le bruit de l'air s'échapper. Une odeur souvent pas très agréable se répand. Maintenez l'aiguille en place d'une main, et exercez une légère pression sur le ventre de l'autre main. Si vous avez un doute quant à l'échappement de gaz, approchez votre oeil du cône de l'aiguille, vous sentirez alors le courant d'air. Quand plus d'air ne s'échappera, vous retirerez l'aiguille d'un geste précis et rapide.


II. PARTIE PRATIQUE vétérinaire

 

4. Prise en charge et stabilisation du patientindex

Dès son arrivée à la clinique le chien sera pris en charge immédiatement. Le tableau clinique d'un SDTE est tellement évocateur, que le vétérinaire ne perdra pas de temps avec des analyses ou moyens diagnostiques. Le pronostic vital est en jeu et les priorités sont la décompression gastrique et la stabilisation du chien.
Trois actes sont réalisés avant toute autre chose: la décompression de l'estomac, la mise sous perfusion de façon "agressive" (beaucoup de fluide à une vitesse de perfusion rapide) et l'oxygénation. Selon l'état dans lequel arrive le chien la chronologie de ces 3 mesures peut varier.

  • la décompression de l'estomac par sondage oro-gastrique: une sonde est passée par la bouche jusqu'à l'estomac afin de laisser s'échapper au moins les gaz contenus, et éventuellement vidanger l'estomac de son contenu liquide/solide.
    Une sonde naso-gastrique peut également être posée. Elle aboutit également dans l'estomac, mais est introduite par la narine et non par la bouche. Le diamètre de cette sonde étant naturellement beaucoup plus petit que celui de la sonde oro-gastrique, cette sonde naso-gastrique ne permet pas le lavage gastrique. En revanche elle peut rester en place pendant et après l'opération pour éviter toute nouvelle dilatation.
  • la fluidothérapie: deux voies veineuses sont posées, un cathéter de gros diamètre sur chaque antérieur (jamais sur les postérieurs, car le retour sanguin vers le coeur étant gêné, la perfusion venant des pattes arrières ne ferait que dégrader encore plus la situation!) - ou sur la jugulaire si pour une raison particulière l'abord veineux sur les antérieurs n'était pas possible.
    Le patient sera perfusé avec un mélange de critalloïdes et de colloïdaux: Ringer lactate à 10-40ml/kg + HEA (Hydroxyéthylamidon, p. ex. Voluven®) 10-20ml/kg en un premier bolus administré sur 30-60 minutes. Ensuite le débit pourra être réduit.
  • l'oxygénothérapie:le patient est mis sous oxygène pendant la phase de stabilisation/réanimation, pendant la chirurgie, et après la chirurgie.

En parallèle avec ces mesures de réanimation, des prélèvements sanguins pourront être réalisés afin de contrôler la numération formule sanguine, le taux de lactate ainsi que les valeurs biochimiques. Selon l'organisation de la clinique et l'équipe disponible au moment où le chien au SDTE est pris en charge, les analyses sanguines seront réalisées de suite ou de façon différée, une fois le patient stabilisé. Un taux de lactate supérieur à 6 mmol/l est indicateur pour un risque élevé de nécrose gastrique et assombrit fortement le pronostic vital.

Un traitement médicamenteux est mis en place:

  • antibiotique à large spectre + anaérobie
  • analgésie (morphine)
  • gastrokinétique pour favoriser la vidange gastrique (métoclopramide)
  • antacide pour protéger la muqueuse gastrique (sucralfate ou ranitidine)

Le chien est mis sous monitoring cardiaque, ou un tracé ECG de référence est réalisé. Si le monitoring permanent n'est pas possible, le coeur sera ré-évalué régulièrement.

Une fois que le chien est stabilisé, une radiographie de l'estomac pourra être faite, afin de déterminer s'il s'agit d'une "simple" dilatation ou d'une torsion de l'estomac.
Ci-dessous la radio d'une dilatation-torsion d'estomac. La dilatation n'est plus que partielle, car la radio a été réalisée après décompression de l'estomac et stabilisation du chien. Sur ce cliché on voit les signes évocateurs d'une torsion:

  • l'estomac en forme de "C" inversé, ou gant de boxe (délimitation rouge)
  • la ligne de compartimentation de l'estomac suite à la torsion (flèche bleue)
  • P = pylore, F= fundus
radio dilatation-torsion d'estomac même radio avec légende

 


5. Chirurgie SDTE: Repositionnement de l'estomac, évaluation des organes et gastropexieindex

 

En cas de torsion de l'estomac le repositionnement chirurgical de l'organe est incontournable. Dès que le patient est stabilisé il sera donc préparé pour l'opération.

Le chien est positionné en décubitus dorsal,le chirurgien se situe à sa droite et l'ouverture de l'abdomen se fait sur la ligne blanche. En général lorsque l'estomac est tourné, la première chose que l'on voit dès l'ouverture de la cavité abdominale, c'est l'omentum qui recouvre l'estomac (genre de peau graisseuse et vascularisée).

La majorité des torsions de l'estomac s'effectuent dans le sens des aiguilles d'une montre (en regardant le chien de derrière). Pour le repositionnement de l'estomac, le chirurgien plongera une main à gauche de l'estomac pour y attraper le pylore déplacé, le tirera vers lui - vers l'ouverture abdominale, pour le ramener sur le côté droit du chien. En même temps le chirurgien accompagnera de son autre main positionnée à plat sur la grande courbure le mouvement de l'estomac, en poussant le corps de l'estomac vers le fond du chien pour le ramener à gauche du plan médial.

Après repositionnement de l'estomac le pylore sera palpé attentivement afin de s'assurer qu'il n'y ait pas de corps étranger ou néoformation ayant empêché la vidange gastrique.

 

OP- SDTE: estomac recouvert de l'omentum
estomac tourné et recouvert par l'omentum

Souvent la rate est entraînée par la torsion de l'estomac et est également déplacée, mais en général elle revient "automatiquement" à sa place physiologique, dès que la torsion de l'estomac est réduite. Avant de décider s'il est nécessaire de procéder à une splénectomie (= enlever la rate), le chirurgien attendra quelques minutes afin que la vascularisation reprenne son cours normal. Seulement si la rate présente des signes importants de nécrose, ou que sa revascularisation n'a pas lieu normalement, il sera décidé d'enlever l'organe.

Ce temps d'attente d'environ 10-15 minutes est utilisé pour faire une évaluation générale de la cavité abdominale: la paroi gastrique retrouve-t-elle une couleur et vascularisation normale? Y a-t-il des zones nécrosées sur la paroi gastrique, qui nécessiteraient de faire une gastrectomie partielle (= enlever une partie de l'estomac)? En cas de lésions gastriques peu étendues il est possible de procéder à un enfouissement de la zone concernée, plutôt que de réaliser une "vraie" gastrectomie. La zone lésée est alors repliée vers l'intérieur sur elle-même et enfouie par un surjet ancré dans la paroi saine de l'estomac. En plus d'être rapide cette méthode présente l'avantage de ne pas ouvrir l'estomac, ce qui représenterait un risque de contamination de l'abdomen.

  OP SDTE: estomac repositionné
estomac repositionné
Il est avéré qu'après un premier SDTE, le risque que le chien refasse une torsion de l'estomac augmente considérablement. Il est donc impératif au cours de toute opération de SDTE de procéder à une gastropexie pour diminuer le risque de récidive. Sans gastropexie les récidives sont de l'ordre de 80%, alors que le risque de récidive chute à moins de 5% après gastropexie.
La gastropexie consiste en une fixation de l'estomac à la paroi abdominale. Plusieurs méthodes plus ou moins compliquées sont possibles, mais une technique simple, rapide et obtenant de bons résultats est la gastropexie incisionnelle. Pour ceci une incision de 5cm de la paroi abdominale est faite sur le côté droit du chien. le péritoine et le muscle sont incisés. Une incision de la même longueur est réalisée sur l'antre pylorique, en traversant la séreuse et la musculeuse. Les deux bords de l'incision gastrique et les deux bords de l'incision de la paroi abdominale sont reliées par deux surjets. Les deux plaies crées viennent ainsi se plaquer l'une contre l'autre.
  gastropexie incisionnelle
antre pylorique fixé en position physiologique à la paroi abdominale droite

 

6. Phase postopératoire: index

Après l'opération on ne peut malheureusement pas encore considérer le chien comme tiré d'affaire. Les complications postopératoires possibles sont nombreuses et une surveillance et un monitoring rigoureux sont nécessaires.
Les complications postopératoires les plus fréquemment rencontrées dans le SDTE sont:

  • les arythmies ventriculaires (= trouble du rythme cardiaque)
  • une coagulation intravasculaire disséminée (CIVD)
  • sepsis, endotoxémie
  • nécrose et perforation gastrique
  • hypoprotéinémie
  • oesophagite, gastrite
  • récidive de SDTE

Le monitoring post-opératoire comprendra des examens cliniques réguliers au cours des 24-72h postopératoires, ainsi que des examens complémentaires tel que le monitoring cardiaque ou tracés ECG, analyses sanguines de contrôle. L'étendue des analyses sera en fonction de l'état du patient.

Le traitement médical instauré lors de la prise en charge du chien sera continué. A savoir:

  • fluidothérapie
  • analgésie (morphine)
  • antibiothérapie (amoxycilline/acide clavulanique ou céphalosporine + métronidazol)
  • pansement gastrique (ranitidine ou sucralfate)
  • stimulation de la vidange gastrique (métoclopramide)

La reprise alimentaire variera selon s'il y a eu gastrotomie (ouverture de l'estomac) ou gastrectomie partielle (retrait d'une partie de l'estomac) ou non. Si l'estomac est "intact" l'eau sera proposée 12 à 24 h après l'opération et la nourriture liquide/semi-liquide et hyperdigestible 24-48 h après l'opération. Si l'estomac a été ouvert ou partiellement enlevé le tube digestif est laissé au repos pendant 48 à 72 h.


 

III. PARTIE THEORIQUE

7. Physiopathologie du SDTEindex

A ce jour il n'est toujours pas clair ce qui mène exactement au SDTE. On connaît les facteurs de risques, on sait ce qui se passe lorsque le SDTE survient, mais la cause précise n'est pas identifiée. On suppose toutefois une cause plurifactorielle, ce qui veut dire que plusieurs causes interagissent. Le SDTE survient surtout sur des chiens de grande race, mais il est parfois également rencontré sur des petites races ou miniatures.

-> la dilatation:

Il est admis que la dilatation précède la torsion, bien qu'il y ait des cas de torsion sans dilatation. Certains auteurs défendent la thèse inverse: torsion avant dilatation. Bref sur ce point aussi, il n'existe à ce jour pas de vérité absolue. Nous admettrons que le plus souvent la dilatation est la première "étape" du SDTE.
Au moment de la dilatation l'estomac est alors rempli de gaz , avec souvent aussi des liquides et des solides. Les gaz sont essentiellement de l'air avalé par aérophagie et ce n'est que la mineure partie qui est d'origine de fermentation bactérienne. Les liquides et solides proviennent en général de l'abreuvement/alimentation du chien, mais concernant les liquides, ils peuvent également provenir des sécrétions gastriques, ou d'un transsudat suite à l'obstruction vasculaire occasionnée par la dilatation (le retour de sang veineux étant perturbé, du liquide sort à travers la paroi des vaisseaux)
Par la dilatation de l'estomac, la position du pylore (= sortie de l'estomac) et celle du sphincter oesophagien inférieur (= entrée de l'estomac) sont modifiées, ce qui gène ou empêche la vidange gastrique ainsi que l'eructation. On peut imaginer un tuyau d'arrosage que l'on tord à deux endroits: dans la section tordue l'eau stagne, ne peut plus ni avancer ni reculer.

-> la torsion:
La torsion s'effectue pratiquement toujours dans le sens des aiguilles d'une montre (si on se positionne derrière le chien). Le pylore se situe normalement sur le côté droit du chien, en position ventro-caudale, c'est à dire vers l'arrière et le bas de la cavité abdominale. Lors de torsion, il se déplace en longeant le bas du ventre pour se retrouver sur le côté gauche du chien, en position cranio-dorsale, donc plus vers l'avant et plus vers le haut.
Le fundus qui normalement se trouve sur le côté gauche du chien, passe à droite. Souvent la rate est entraînée par le mouvement de torsion de l'estomac, ses vaisseaux sanguins sont ainsi vrillés jusqu'à occlusion et la rate subit une congestion passive.
schéma de la torsion de l'estomac
O= oesophage, D= duodénum, P= pylore, F= fundus
1= position physiologique de l'estomac
2= estomac après torsion et dilatation

 

 

-> le choc :

Le choc qui apparaît très rapidement est occasionné à plusieurs niveaux. La dilatation (-torsion) de l'estomac occasionne par l'augmentation de volume de cet organe une compression de la veine cave et de la veine porte. Ces deux veines assurent le retour de tout le sang veineux de la partie arrière du corps vers le coeur. Leur obstruction entraîne une stase du sang dans les organes intra-abdominaux (la rate, les reins, le foie, l'intestin, le pancréas) et les muscles arrières. Toute une cascade d'événements pathologiques se met alors en route:
la diminution du retour veineux abaisse le débit cardiaque, qui entraîne une hypotension artérielle, qui entraîne un manque d'oxygène de tous les tissus par hypoperfusion (le sang n'arrive plus là où il devrait distribuer son oxygène). On parle alors de choc hypovolémique et hypoxémique (manque de volume, manque d'oxygène).
En parallèle la séquestration sanguine et la compression de la veine porte empêchent la détoxification du sang par le foie, des toxines s'accumulent et on parle alors de choc endotoxémique.

-> autres conséquences :

Suite aux troubles du flux sanguins d'autres mécanismes néfastes sont déclenchés. La stase du sang dans les vaisseaux, l'hypoxie, l'endotoxémie peuvent être à l'occasion d'une coagulation intravasculaire disséminée (CIVD), qui consiste en une consommation excessive des plaquettes et des facteurs de coagulation. Le sang est ensuite incapable de coaguler et le risque d'hémorragie augmente considérablement. Certains auteurs préconisent un traitement systématique à l'héparine en prévention de CIVD.

La complication faisant partie des plus fréquentes et certainement le trouble du rythme cardiaque. Le coeur doit faire l'objet d'un monitoring régulier, voire même permanent en phase pré-opératoire, pendant l'opération et après l'opération. Les troubles du rythme peuvent encore survenir jusqu'à 3 jours après l'opération.

8. Etudes et statistiquesindex

Différentes études ont été menées au sujet du SDTE.
La plus connue est certainement l'étude de Glickman et al. (1994-2000,université de Purdue/ Indiana, USA), pour laquelle 1914 chiens ont été suivis sur 5 ans afin de déterminer l'incidence du SDTE, les facteurs de risque, plus précisément les facteurs alimentaires et les facteurs propres à la race.
P. Hellweg & J. Zentek (2004, Université de Berlin, Allemagne) ont recensé des informations via 882 questionnaires internet afin de déterminer les facteurs de risques impliqués dans le SDTE.
Une étude rétrospective sur 62 cas de SDTE menée au SIAMU de Lyon (2003-2007), a permis de déterminer des facteurs pronostiques.

Ces études ne permettent pas de déterminer avec exactitude la ou les causes absolues du SDTE, mais des facteurs de risques ont été clairement identifiés, ce qui permet également de tirer des conclusions quant à la prévention de ce syndrome. Les résultats de ces études font l'objet du résumé et des chapitres suivants.

Des cas de SDTE ont été rapportés dans pratiquement toutes les races de chien. Néanmoins le SDTE concerne plus fréquemment les grandes races que les petites. Un chien de grande race a 24% de risque de développer un SDTE.
Le Dogue Allemand semble être un cas particulier et la race la plus touchée, car il a plus de 40% de risques de développer un SDTE au cours de sa vie! (Glickman LT, Glickman NW et al., 2000). Selon Ward et al. le risque de SDTE pour le Dogue Allemand s'élève à 33,9%.
Sont également fréquemment affectés: les Bergers Allemands, les St Bernard, les Setter Irlandais et Gordon Setter, les Braques de Weimar et les Caniches(!).
 
Race
Taux de risque ou
de probabilité à développer un SDTE
Dogue Allemand
41,4%
St Bernard
21,8%
Braque de Weimar
19,3%
Setter Irlandais
14.2%
Caniche
8,8%
Doberman
5,5%
Berger Allemand
4,2%
Croisé
1%
selon Glickman 4

L'issue d'un SDTE est fatale dans 15-30% des cas (Glickman LT et al 1+2). Ce chiffre peut s'élever jusqu'à 48% d'issue fatale tous cas de SDTE confondus, avec toutefois 27.9% de mortalité sur les cas ayant pu être opérés (SIAMU ENV Lyon 3). De 1980-1988 la prévalence de SDTE a augmenté de plus du double. Cette augmentation des cas couplée à une mortalité de 15-30% explique que le SDTE est la 2ème cause de mortalité dans les grandes races (Glickman LT et al 1+2).

Le taux de récidive, donc de nouvelle torsion de l'estomac, après un premier épisode de SDTE est de 4,3%, lorsqu'une gastropexie a été réalisée lors de l'opération pour repositionner l'estomac. Sans cette fixation de l'estomac, le taux de récidive s'élève à 54,5% (SIAMU ENV Lyon 3)!

La prévalence de SDTE a augmenté de plus du double entre 1980 et 1988 (Glickman LT et al 1).

9. Facteurs de risque index

Les différentes études de l'université de perdue ont permis d'identifier les facteurs de risques pouvant déclencher un SDTE. Il faut avoir conscience qu'il s'agit de facteurs de risque et non de facteurs absolus menant au SDTE. Parmi les facteurs de risque, donc causes potentielles du SDTE sont nommés:

->
Facteurs de risque non-alimentaires
  • l'âge du chien : le SDTE peut survenir à tout âge, mais la probabilité augmente avec l'âge. Le risque augmente pour les grandes races dès l'âge de 3 ans, et encore plus précocement pour les races géantes
    Explication: les ligaments suspenseurs de l'estomac ont tendance à se distendre avec l'âge

  • la race : les races les plus sujettes au SDTE sont le Dogue Allemand, le St Bernard, le Braque de Weimar, le Setter Irlandais, le Caniche et le Berger Allemand

  • le ratio profondeur de thorax/ largeur de thorax: les chiens ayant un thorax profond (profil) et étroit (face), ont un risque plus élevé de SDTE. Le risque augmente avec le ratio.
    Explication: les relations anatomiques entre l’estomac et l’oesophage seraient telles, que la capacité d'éructation serait réduite (Guilford WG, Center SA et Strombeck DR, 1996)

  • grade de parenté au premier degré avec un chien ayant eu un SDTE: le risque de SDTE pour un chien augmente considérablement ( de 63% !) si l'un de ses parents au 1er degré a lui-même développé un SDTE. Les parents au 1er degré sont le père, la mère, les enfants et les frères et soeurs.

  • le tempérament du chien: les chiens stressés et peureux ont un risque augmenté de SDTE. Le caractère "heureux" ou "insouciant" d'un chien aurait un effet réducteur sur le risque de SDTE.

  • état corporel et santé durant la première année de vie: un chien maigre durant sa première année de vie et ayant souffert de maladie grave ou chronique pendant cette tranche de vie, sera plus sujet à développer un SDTE. Selon Braun, Lester, Kuzma et al.5 une relation existerait entre le SDTE et les maladies inflammatoires chroniques intestinales (MICI).
->
Facteurs de risque en relation avec l'alimentation
  • le volume du repas: plus la quantité ingérée d'un seul coup est grande, plus le risque de SDTE augmente, et ceci quel que soit le nombre de repas par jour. Le risque est le plus élevé pour les chiens ne mangeant qu'un seul repas de volume important par jour.
    Une étude comparant 4 groupes de chiens alimentés de façon permanente durant 2 ans avec selon le groupe: 1 repas de croquettes par jour, 3 repas de croquettes par jour, 1 repas de viande & os par jour, ou 3 repas de viande & os par jour a permis une seule conclusion, celle que les chiens alimentés avec 1 seul repas de croquettes par jour, ont un estomac plus grand que les chiens des autres groupes. En dehors de cette particularité aucune différence n'a pu être constatée entre les 4 groupes concernant la production d'acide gastrique, le taux sérique post-prandial (après le repas) de gastrine ou le nombre de contactions de l'antre pylorique après le repas (HJ Van Kruiningen , 2008 6).

  • alimentation sèche (croquettes): il n'a pas été prouvé que l'administration de croquettes soit à l'origine de SDTE, mais la nourriture exclusivement sèche semble présenter un facteur de risque. Le complément d'une nourriture sèche par des restes de table ou de la nourriture en boîte réduirait le risque de SDTE. Le risque est réduit de 59% par l'incorporation de restes de table à l'alimentation, et il est réduit de 28% par l'ajout de nourriture en boîtes.

  • la composition alimentaire: un aliment pour lequel les matières grasses figurent comme première source d'énergie augmente le risque de SDTE, les matières grasses ralentissant la vidange gastrique.
    Les glucides issues de céréales et surtout de farine de soja augmenteraient le risque de SDTE. Les différents auteurs ne sont pas unanimes quant à cette hypothèse, toutefois il semblerait que les processus de surchauffe de ces ingrédients lors de la production, dans le but de les rendre digestibles pour les chiens, les rendraient surtout hautement fermentescibles. Le manque de fibre aurait un effet négatif sur la motilité de l'estomac et favoriserait également la fermentation (HJ Van Kruiningen , 2008 6) .

  • l'alimentation surélevée: la nourriture présentée en hauteur via des gamelles surélevées augmenterait le risque de SDTE.
    Explication: la prise alimentaire en hauteur n'est pas physiologique et favoriserait l'aérophagie.

  • rapidité d'ingestion du repas: un repas avalé rapidement augmenterait le risque de SDTE, tout comme le stress autour du repas.

 

 

10. Prévention du SDTE index

Afin d'éviter tout malentendu, il me semble indiqué de préciser, qu'il n'existe malheureusement aucun moyen à 100% efficace pour prévenir un SDTE. C'est un fait logique, puisqu'il n'y a pas une cause absolue identifiée, qu'il suffirait de d'éviter, mais qu'il n'y a que des facteurs dont on sait qu'ils représentent un risque. parfois un seul facteur suffira à déclencher un SDTE, parfois ce sera l'association de plusieurs événements... et parfois aucune explication plausible ne pourra être trouvée, même à posteriori. Le maximum de sécurité reposera donc sur la suppression d'un plus grand nombre possible de facteurs de risque.

Afin de minimiser le risque de SDTE il convient d'appliquer les mesures suivantes:

  • la première mesure est très certainement à prendre "à la racine" au niveau d'un élevage raisonné! Nous avons vu plus haut qu'un chien ayant un parent au 1er degré, qui a développé un SDTE, voit son propre risque de suivre le même chemin augmenté de 63%. Il est donc primordial de ne pas faire reproduire un chien dont le père ou la mère, ou le frère ou la soeur ont développé un SDTE! Il convient également de retirer un chien de la reproduction, dès la première apparition d'un SDTE dans sa descendance. Bien évidemment un chien ayant été lui-même "victime" d'un SDTE ne sera pas non plus mis à la reproduction. Simple question de responsabilité et de bon sens!

  • distribution de la ration quotidienne en plusieurs petits repas

  • choisir une alimentation avec des morceaux d'au moins 3cm de diamètre, dans le but de favoriser la mastication et de ralentir l'ingestion alimentaire

  • varier l'alimentation en associant alimentation industrielle et ménagère. Ne pas mouiller les croquettes, car ceci augmenterait selon Glickman le risque de SDTE

  • disposer la gamelle à même le sol et non sur-élevée

  • éviter le stress lors du repas, quitte à séparer les chiens pour manger, s'ils sont à plusieurs

  • procéder à une gastropexie préventive pour les sujets à haut risque

  • bien qu'aucun lien avec l'activité n'ait pu être prouvé, on évitera de distribuer le repas dans les 2h qui précèdent ou suivent une activité physique

Bibliographie:

1. Glickman LT, Glickman NW, Perez CM, et al. Analysis of risk factors for gastric dilatation and dilatation-volvulus in dogs. J Am Vet Med Assoc 1994;204:1465-1471.

2. Glickman LT, Glickman NW, Schellenberg DB, et al. Non-dietary risk factors for gastric dilatation-volvulus in large and giant breed dogs. J Am Vet Med Assoc 2000;217(10):1492-1499.

3. Bruno Haenel, "Contribution à l’étude du syndrome dilatation-torsion de l’estomac chez le chien : synthèse bibliographique et étude rétrospective de 62 cas au service de soins intensifs de l’ENV Lyon (SIAMU)" , thèse n°70, 2007, école nationale vétérinaire de Lyon

4. Glickman LT, "Epidémiologie du SDTE chez le chien", 21ème congrès WSAVA, Jerusalem 1996

5. Braun L, Lester S, Kuzma AB, et al. "Gastric dilatation-volvulus in the dog with histological evidence of preexisting inflammatory bowel disease: a retrospective study of 23 cases." J Am Anim Hosp Assoc 1996;32:287-290.

6. HJ Van Kruiningen, DVM, PhD, MD "CANINE ACUTE GASTRIC DILATATION" 2008

 

 

 

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